Lukachenko persiste à vouloir tracer un trait sur le passé de son pays, la Biélorussie. En entérinant le rebaptisation des deux plus grandes avenues de la capitale, il s'attaque désormais à des gens qui ne peuvent plus se défendre.
Les deux artères principales de Minsk, "Frantsysk Skaryna" et "Pyotr Masherau" (Masherov) , ont récemment été rebaptisées "avenue de l'indépendance" et "avenue des victorieux ".
Le président bélarusse ne se contente pas de se rendre le principal coupable de la perte d'identitié nationale du pays, mais se livre à son exercice favori et le fait... illégalement. Selon une Loi signée par lui-même en mai 1998, "Le Président ne peut pas renommer le nom de voies publiques". (Le porte-parole de celui-ci répondra sans doute sans rougir qu'il n'est pas à l'origine de la décision)
Masherov était un politique éminent de l'époque soviétique qui oeuvra pour la reconstruction de Minsk au sortir de la grande guerre : la ville était alors un tas de ruines. Quand on sait à quel point la seconde guerre mondiale est un traumatisme pour le peuple d'Europe centrale, on considère bien volontiers qu'à travers sa dernière trouvaille en matière de provocations publiques, Lukachenko fait un véritable affront au devoir de mémoire.
La nouvelle a déclenché une vague de protestation (toute proportions gardées, des rassemblements sont signalés deux fois par semaine). Et paradoxalement, il semblerait que ce soient les jeunes qui font un effort tout particulier pour organiser les manifestations.
L'intitiative a même réussi à s'attirer les foudres du parti communiste bélarusse (avec de tels nouveaux noms, cela ne semblait pourtant pas facile). Dans une interview Syarhei Kalyakin, le représentant du parti, a déclaré : « cela montre avant tout la méconnaissance des autorités de leur propre histoire. L'irrespect causé par cet acte à une personne qui n'a pas hésité à dédier une partie de sa vie au développement de son pays, est assimilable à du vandalisme, à de la barbarie.»
(photo du palais présidentiel)