Biélorussie : craintes et isolement en Europe
Alexander Milinkevich, candidat à la présidence biélorusse.
M. Alexander Lukashenko, président de la république de Biélorussie, a l'habitude de subir les critiques internationales. Mais à l'occasion des élections présidentielles du 19 mars, c'est à une surveillance sans précédent que son régime, hérité du temps des soviets, sera soumis. Depuis 12 ans, les gouvernements, les organisations internationales et les groupes de défense des droits de l'homme dénoncent les violations des droits de l'homme et l'absence de libertés politiques en Biélorussie.
Le principal candidat de l'opposition biélorusse, M. Alexander Milinkevich, se trouvait récemment au Parlement européen. S'adressant à la commission parlementaire des affaires étrangères, il a déclaré que « notre société a besoin de vérité » et que bien que l'aide étrangère soit la bienvenue, en fin de compte « ce sera à nous de faire le travail. » Il a également rencontré le Président du Parlement Européen, Josep Borrell, qui lui a confirmé que le Parlement « apporterait son soutien total pour l'organisation d'un scrutin...libre et démocratique. »
Un gouvernement « désuet, antidémocratique et autoritaire »
Le député européen polonais, M. Bogdan Klich, chef de la délégation du Parlement en Biélorussie, a accusé M. Lukashenko de diriger « un gouvernement désuet, antidémocratique et autoritaire. » Il espère qu'un groupe de parlementaires européens pourra se rendre à Minsk le jour du scrutin pour surveiller les élections, sous l'égide de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
Répression légale
M. Klich a précisé que la Biélorussie détenait le sinistre record du plus grand nombre de résolutions du Parlement européen condamnant ses agissements. La dernière en date, en septembre 2005, relevait la dissolution, en quelques années, de « plusieurs partis politiques, 22 quotidiens et plus de 50 ONG militant pour la démocratie...pour avoir critiqué le Président et sa politique. » Dans ce contexte, le Parlement européen a décerné, en 2004, à l'association des journalistes de Biélorussie, le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit en reconnaissance des difficultés auxquelles ils ont été confrontés. En réponse également à la répression que subissent les médias, la Commission européenne a engagé un groupe de communication allemand pour diffuser des informations indépendantes en Biélorussie, via Internet et la radio. Deux millions d'euros supplémentaires ont été affectés en septembre 2005 pour intensifier ce type d'activité.
Un "oui" retentissant... mais jugé frauduleux.
En prévision des élections de cette année, le gouvernement de Biélorussie a préparé le terrain bien à l'avance. En 2004, un référendum a été organisé pour savoir si le Président Lukashenko pouvait se présenter pour un troisième mandat. Le résultat, déclaré « frauduleux » par l'Union européenne, fut un « oui » retentissant . En décembre, le parlement biélorusse a adopté une loi stipulant que toute tentative visant à « discréditer » l'État biélorusse constituerait une infraction pénale assortie d'une peine de trois ans d'emprisonnement pour les contrevenants.
Il était déjà interdit de critiquer le Président Lukashenko ainsi que d'autres personnalités officielles de son entourage. En septembre 2005, le gouvernement a fermé le seul quotidien indépendant, « Narodnaya Volya ». Derrière ces mesures, se cache la crainte du régime de voir surgir, après le vote, une révolution orange à l'ukrainienne forçant le Président à céder le pouvoir. De telles mesures ont conduit à un isolement quasi-complet de l'Occident.
En 2004, cet isolement est devenu une réalité palpable pour certains hauts fonctionnaires biélorusses qui se sont vus refuser un visa d'entrée dans l'Union européenne, en raison de leur participation directe dans les élections et le référendum frauduleux de 2004. D'autres officiels ont connu le même refus en raison de leur implication dans une « entrave apparente au cours de la justice » dans le cadre de l'enquête sur la disparition de trois opposants et d'un journaliste en 1999/2000.
Le Président Lukashenko compte encore quelques amis, notamment au Kremlin. Le mois dernier, lors de la « crise du gaz » entre la Russie et l'Ukraine, Moscou a réclamé une augmentation des prix pour l'Ukraine, en laissant inchangé le tarif subventionné accordé à la Biélorussie. Cette mesure a permis d'éviter l'effondrement économique du pays, tandis que les très nombreux employés de l'Etat biélorusse musèlent toute contestation.
Source:Le Parlement Européen,
http://www.europarl.eu.int


