Des étudiants biélorusses réfugiés en Lituanie
Vilnius soutient, grâce à des fonds américains, une université fermée par Loukachenko.
Ouverte en 1992, l'université des sciences humaines de Minsk était unique en son genre. Seule université privée de Biélorussie, certaines matières étaient enseignées directement en anglais, en français ou en allemand. Mais la jugeant trop occidentale, le président-dictateur Alexandre Loukachenko l'a fait fermer en juillet 2004. A la rentrée, elle rouvrira de l'autre côté de la frontière, en Lituanie, grâce notamment à des fonds privés américains.
Olga, alors étudiante en économie internationale, se souvient des manifestations contre sa fermeture. Ses parents lui avaient interdit de s'y joindre, redoutant de perdre leur emploi dans une entreprise d'Etat. Mais elle y est allée. Sans résultat. Pour terminer ses études, elle a dû s'inscrire à l'université d'Etat et passer 43 examens supplémentaires pour soi-disant «rattraper leur niveau». «Pour la rentrée 2005, nous attendons 260 étudiants et 700 par correspondance qui viendront régulièrement suivre des séminaires», explique le vice-recteur qui vit en exil à Vilnius. Les professeurs, biélorusses, enseigneront le droit européen, la philosophie, l'histoire de l'art et l'économie internationale. Il est prévu d'inviter aussi des universitaires étrangers.
A l'origine, l'université s'était fixée «pour mission de former une génération capable d'assumer la transition» dans cette ex-république soviétique sous la férule de Loukachenko, un ancien directeur de kolkhoze, explique Tatiana Kouzina, administratrice et parfaite francophone comme de nombreux étudiants. Elle proposait aussi des formations pour faire fonctionner une ONG, devenant au fil des ans un pôle de libertés. «Les professeurs essayaient de rester neutres, raconte Olga, mais ils inculquaient une pensée résolument européenne et cela en soi indisposait le régime.»
L'université se réinstalle à 200 kilomètres de Minsk, dans des locaux de la faculté juridique de Vilnius. Comme par le passé, elle sera financée par des fonds essentiellement privés. La fondation américaine MacArthur, qui l'aide depuis 1997, a promis près d'un million et demi de dollars. La fondation Soros s'est aussi engagée à l'aider. Mais l'université a besoin de 2 millions d'euros pour l'année 2005-2006. La Commission européenne, qui avait aidé l'université à Minsk, a promis d'étudier la question. «Avec l'Europe cela peut prendre du temps, explique le recteur Anatoli Mikhailov, les Américains sont plus rapides.»
Proche des Etats-Unis, en qui elle voit un garant de sécurité face au grand voisin russe, à l'instar des deux autres pays baltes, la Lituanie s'engage pour des changements démocratiques en Biélorussie, taxée de «dernière dictature d'Europe» par le président Bush. Elle soutient toutes sortes d'initiatives échanges entre enseignants, invitations d'opposants à des séminaires et a baissé le prix des visas pour faciliter la venue des Biélorusses. «Dès que des changements démocratiques interviendront, nous rentrerons à Minsk», assure le recteur. Olga, elle, ne croit pas à des changements à l'occasion de la présidentielle prévue en 2006. Elle part cette année étudier dans un institut d'économie à Dijon grâce à une bourse française.
Source: (Liberation) Par Marielle VITUREAU,Vilnius correspondance